Nous l’avons déjà tous et toutes entendu au moins une fois : l’hystérie est une maladie dont l’étymologie vient du mot utérus (hysteria), en latin. Elle serait donc une maladie typiquement féminine, conduisant les femmes à sortir d’elles-mêmes, devenant « folles » car incapables d’agir de manière rationnelle. Certains théoriciens ont également pensé l’existence d’une hystérie masculine, beaucoup plus rare cependant.
Selon le Vocabulaire de la psychanalyse, écrit par Laplanche et Pontalis en 1967, l’hystérie désigne un ensemble de symptômes qui ont un impact direct sur le fonctionnement psychomoteur et physique d’une personne. Les manifestations seraient, entre autres, les suivantes : crises de panique, pertes de conscience, convulsions, voire phobies. En lien avec son étymologie, l’hystérie serait ainsi provoquée par un dérèglement physiologique, celui de l’utérus, qui aurait donc des répercussions sur la santé de l’individu.
Pourtant, l’hystérie est une maladie complexe – son histoire ne remonte pas seulement à l’essor de la psychanalyse à la fin du XIXe siècle. Effectivement, selon Micale dans son ouvrage canonique Approaching Hysteria, la plus ancienne apparition de la maladie remonte à l’Égypte ancienne. Pendant l’Antiquité, les Grecs pensaient que certaines réactions féminines étaient dues à un déséquilibre de l’utérus qui provoquait une sorte de perte de soi traduite sous la forme de ces symptômes. Au Moyen Âge, on associe l’hystérie et ces réactions physiques et émotionnelles, à l’écart des normes et du modèle féminin préconisé par la société, à la sorcellerie ou à la possession démoniaque. L’affaire de Loudun, qui a lieu deux siècles plus tard, corrobore cette théorie : un grand nombre de nonnes du couvent des Ursulines à Loudun manifestaient des symptômes clairs d’une possession démoniaque. Le prêtre Urbain Grandier, qui dirigeait le couvent, a été accusé et brûlé vif sur la place publique de la ville. Cet épisode est aujourd’hui utilisé comme une allégorie d’un épisode d’hystérie collective, étant donné qu’après que le diable a pris possession d’elle, elles se sont retournées contre le prêtre, l’accusant, paraît-il, de faits non advenus. Cet événement historique a fait l’objet d’un traitement littéraire abondant : en 1952 par exemple, Aldous Huxley écrit Les Diables de Loudun, étude d’histoire et de psychologie.
C’est au siècle des Lumières que les idées commencent à évoluer vers des études plus scientifiques, notamment grâce aux progrès qui sont réalisés à cette époque : l’explication de l’hystérie s’anatomise, en quelque sorte. Les scientifiques rejettent le lien étroit établi entre l’utérus et l’hystérie, en affirmant que l’hystérie serait davantage une maladie nerveuse, particulièrement grâce aux travaux de Thomas Sydenham réalisés au XVIIe siècle. Effectivement, ce médecin part du principe que les manifestations de l’hystérie peuvent être multiples du fait de la diversité intrinsèque au système nerveux de tout un chacun. Malgré tout, les femmes restent inférieures aux hommes, encore plus capables de folie.
Finalement, c’est au XIXe siècle que l’hystérie connaît son essor le plus important et le plus marquant dans l’histoire de la psychologie, étant donné que la psychanalyse en fait, sinon, son thème principal, tout au moins son point de départ. De fait, Jean-Martin Charcot, à la fin du XIXe siècle, neurologue et médecin reconnu, associe l’hystérie à une maladie neurologique, dans la continuité de la tradition psychologique précédemment citée. Il part dès lors du postulat que l’hystérie n’est pas réservée aux femmes, mais peut également être masculine. Comme nous le rapporte Jean-François Rabain dans « L’hystérie masculine, entre mythes et réalités », Charcot pensait que l’hystérie masculine n’était pas uniquement réservée aux hommes au comportement transgressif, mais qu’elle était bien plus commune que l’on avait tendance à le penser. Son idée est donc de classer l’hystérie comme une maladie neurologique humaine, non pas essentiellement féminine.
Les travaux de Breuer et de Freud complèteront l’accaparement par la psychanalyse de la notion d’hystérie. Selon eux, l’hystérie serait avant tout une conséquence d’événements traumatiques survenus et non traités, qui se transformerait ainsi en une panoplie de troubles moteurs (Études sur l’hystérie, 1895). Dans cet ouvrage, les deux psychanalystes listent toute une série de cas cliniques d’hystériques, dont la plus connue est celle d’Anna O, Bertha Pappenheim. Présentant des symptômes comme des hallucinations et une perte de vision, Anna O. a été soignée par Breuer et plus particulièrement grâce à la méthode cathartique. Effectivement, Freud a émis l’idée que les traumatismes refoulés pouvaient être guéris par le langage, l’expression verbale de ces événements pourrait donc guérir certains troubles ou maladies comme l’hystérie. Concrètement, la méthode cathartique était réalisable grâce à l’état d’hypnose dans lequel sombraient les patientes, permettant ainsi une véritable purgation émotionnelle : la psychanalyse a été fondée par ce type d’expériences, mettant en valeur l’importance des rêves et de l’Inconscient, notamment.
Il est essentiel de rappeler que l’hystérie n’est plus considérée aujourd’hui comme une maladie. Effectivement, au cours du XXe siècle, les critiques qui se sont intéressés à la question ont mis en évidence d’autres troubles et pathologies plus précis qui ne dépendent pas de toutes les connotations qui ont toujours entouré le diagnostic de l’hystérie. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), ouvrage de référence de la classification des maladies mentales, en atteste.
L’histoire de l’hystérie nous prouve que les discriminations ont toujours été violentes à l’égard des personnes atteintes de certains troubles, associées alors à la « folie », utilisée toujours comme un exemple dégradant. Cependant, aujourd’hui, les mœurs continuent d’évoluer, les recherches scientifiques aussi, et de véritables efforts sont faits pour traiter et accompagner les personnes malades en leur permettant d’avoir un suivi plus éthique, moins stigmatisant.
Diana Carneiro
Sources :
Didi-Huberman Georges, Invention de l’hystérie : Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière, éditions Macula, Genève, 2012.
Freud Sigmund et Breuer Josef, Études sur l’hystérie, 1895.
Harrus-Révidi Gisèle, Qu’est-ce que l’hystérie ?, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010.
Huxley Aldous, Les Diables de Loudun, étude d’histoire et de psychologie, traduit par Jules Castier, Plon, 1953.
Laplanche Jean et Pontalis Jean-Bertrand, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF, collection « Bibliothèque de la psychanalyse », 1984.
Sédat Jacques, « L’hystérique invente la psychanalyse », Figures de la psychanalyse, 2014.
Rabain Jean-François, « L’hystérie masculine entre mythes et réalités. », Revue française de psychanalyse, 1998, vol. 2, n° 62, p. 429-446.
Page Wikipédia de l’hystérie
